Anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940 – Colombey les deux Eglises

Anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940 – Colombey les deux Eglises

Le 17 et 18 juin 2022 ont eu lieu à Colombey les Deux Eglises deux jours de « rencontres gaulliennes » , commémoration de l’Appel du 18 juin 1940 et les 50 ans de l’inauguration de la Croix de Lorraine sur la colline.

https://www.charles-de-gaulle.org/
Mémorial Charles de Gaulle Croix de Lorraine du Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique, 1940, premier bataillon de la France Libre

Ce fut pour moi l’occasion de retourner à Colombey les deux Eglises, de revisiter ces lieux doublement. D’abord, je me mettais dans les pas de la petite fille que je fus, à 7 ans en été 1978 quand mon père m’y emmena la première fois. Je gardais le souvenir de l’immense Croix de Lorraine sur la colline boisée et mélancolique, gardienne solitaire de cette route de France vers l’Est de l’Europe – nous nous arrêtions à Colombey également car c’était sur notre route vers la Pologne ou nous allions avec notre coccinelle.

Dans ma tête restaient quelques souvenirs de la Boisserie, des sculptures dans la maison, de la bibliothèque que je voyais immense, du village modeste. Mais surtout l’image de mon père qui guidait notre famille en parlant du général de Gaulle, on était à de 7 ans de son décès. A écouter mon père tout Français de notre génération vénérait de Gaulle comme le grand personnage qui a sauvé la France et qui a contribué à sauver l’Europe. Comme tout Polonais mon père respectait et admirait le Général de Gaulle pour avoir aussi sauvé la Pologne – en reconnaissant son Gouvernement provisoire et surtout sa frontière Oder Neisse contestée par les puissances anglo-saxonnes qui n’ont eu de cesse de réarmer une Allemagne Occidentale à l’affut de récupérer ses anciens territoires et nos « Terres recouvrées ».

Pourtant mon père est tout sauf un nationaliste polonais, tout sauf un nationaliste tout court. Qui admirait-il en visitant 4 fois au moins la Boisserie (en 1971 ou 72 après la mort du Général, en 1978 en famille en chemin vers les vacances en Pologne, en 1979 il me semble, j’ai le souvenir un automne pluvieux et gris et enfin en 2003, alors qu’un nouveau musée était en construction) ?

Le Général chef de guerre ? Mon père n’a jamais été un soutien de l’armée, il n’est pas très féru non plus de l’Histoire de la Résistance, lui qui n’a jamais dit « Non » à aucun régime ni force politique. Il vénérait l’écrivain certainement, le politique homme de lettres dont les mémoires de guerre voisinaient dans notre bibliothèque avec le « Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir et avec les œuvres de Freud, cadeaux d’amies 68tardes à mon père.

Il admirait le grand Français, certainement. Le type génial qui a reconstruit un  pays par la seule force du verbe, alors que ce pays avait sombré dans l’abject abîme de la collaboration avec le nazisme. Le constructeur de la modernité française des années 60 qui a tant subjugué les Polonais de la génération de mon père : la voiture pour tous, la consommation, les autoroutes, les supermarchés, les logements, le cinéma somptueux et célèbre, mais aussi les vacances, les visites culturelles, la bonne nourriture…

Et une fierté insolente d’être soi malgré les troubles politiques de la guerre froide, la division de l’Europe, les armées belliqueuses américaines et soviétiques de part et d’autre de ce que nous n’appelions pas, à l’Est, le «rideau de fer » – il n’y avait pas de rideau et s’ il y avait bien des murs entres les deux Allemagnes et entre l’Europe, ils étaient en béton et gardés par des hommes avec des mitraillettes.

J’ai lu dans la bibliothèque de mon père très tôt les deux œuvres : celles du Général de Gaulle et celle de Simone de Beauvoir. La deuxième, guidée par mon amie Anna Garstka, m’a conduit à mon émancipation individuelle de femme.

La première, celle de l’homme à la stature de père, m’a conduit à mes études d’histoire, et en particulier à mon Diplôme d’Etudes Approfondies et à ma thèse inachevée sur les relations entre la France de de Gaulle et la Pologne de Wladyslaw Gomulka 1956-1969.

En 1994-95, Boursière du Gouvernement Français à l’Institut d’Histoire des Relations Internationales Contemporaines, Institut Pierre Renouvin, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, je découvris l’histoire de la Construction européenne fédéraliste, mais aussi « l’Europe des Patrie » du Général de Gaulle, les archives du Ministères des Affaires Etrangères, les rapports de Etienne Burin des Roziers, proche du Général de Gaulle et ambassadeur gaulliste en Pologne en 1958-61… J’ai travaillé dans les archives des ministères de l’Intérieur, de l’éducation, de l’industrie, de l’économie… J’ai découvert un souverainisme constructeur, ambitieux, et généreux pour les peuples français et pour ses alliés.

La Pologne devait devenir le premier allié de la France dans l’Europe des Nations après la nécessaire réconciliation avec l’Allemagne de l’Ouest d’Adenauer. Je n’aimais évidemment pas Adenauer, mais j’ai été rassurée de découvrir dans les documents diplomatique que de Gaulle avait toujours défendu face à Adenauer, l’indépendance et l’intégrité de la Pologne, alors que celui-ci lui parlait de temps en temps de l’idée d’une Pologne réduite à un « protectorat européen ».

J’ai découvert avec de nombreux témoignages, notamment les livres d’Alain Peyrefitte, un de Gaulle plein d’humour et de franc parler, pas du tout compassé ni rigide. J’ai aimé le personnage que j’ai découvert et qui m’apprenait tant, beaucoup plus que celui que mon père me présentait dans mon enfance.

Mais la France dans laquelle il m’a été donné de vivre depuis 1992 a abjuré l’œuvre du Général et s’est soumise aux sirènes du défaitisme. Presque rien n’en est resté, en particulier rien de l’œuvre de la Résistance, du CNR, de la Sécurité Sociale et des « Jours heureux », et ce malgré nos luttes acharnées de 1995, puis du mouvement altermondialiste pour défendre notre Sécurité Sociale, nos droits sociaux, notre dignité de travailleurs, nos droits à une retraite, à une vie bonne, à le culture et aux loisirs, nos droits humains à nous épanouir.

Le ver du défaitisme, de la trahison mitterrandienne, avaient déjà bien rongé le fruit dès 1995 alors que je n’avais que 24 ans. Ma Bourse du Gouvernement Français fut supprimée par le nouvel occupant du Quai d’Orsay en octobre 1995, mon protecteur officiel, l’attaché culturel de l’ambassade de France à Varsovie, M. Georges Mandon, fut éliminé de son poste et ne put rien faire pour sauver ma thèse. L’extrême droite catho nationaliste pro américaine polonaise ordonna aux nouveaux occupants de la rue Piekna (ambassade de France à Varsovie) de supprimer toute chance que ma personne, détestable communiste, puisse faire la moindre carrière.

Le procédé fut initié et porté à son comble par Maria Boltruszko, en 1995 chef du département international du ministère de l’éducation national polonais et militante d’extrême droite. La dame, à peine plus âgée que moi, 30 ans, me connaissait : elle avait été militante de SKMA (Stowarzyszenie Katolickiej Mlodziezy Akademickiej  -Association d’Etudiants Catholiques) alors que moi j’étais trésorière de NZS (Association Indépendante d’Etudiants, syndicat d’étudiants pro Solidarnosc) à la Faculté d’Histoire de l’Université de Varsovie.

Mais j’étais déjà classée à gauche, féministe militante, origine communiste, père ayant travaillé pour la diplomatie du régime défunt. Pas question d’aider les ennemis du capitalisme, du Vatican et des Américains. Que les Français les liquident d’une façon ou d’une autre. L’avenir de la Pologne, c’est l’OTAN et les Américains – me dit M. Pawel Borodziej, chef de la Commission des Affaires Etrangères au Sejm, Parlement Polonais, un soir d’automne 1991 alors que j’étais venu lui demander conseil, il était aussi un historien éminent de ma faculté d’histoire. Je n’en croyais pas mes oreilles. Je ne le croyais pas.

Mais si, le destin de la France aussi, d’ailleurs, selon M. Borodziej, était de se soumettre aux Américains et aux Allemands. Il me conseillait d’en faire autant, ce que je refusais avec toute l’énergie de mes 20 ans.

Mes professeurs de la Sorbonne, Robert Frank et Elisabeth Duréau, ne firent rien pour m’aider à finir mon travail de recherche. Ils ont été quasiment contents que je sombre dans la nuit de la précarité capitaliste.

Leur œuvre ne les honore pas. D’ailleurs, Robert Frank, mon ancien directeur de thèse, a soutenu le Traité Constitutionnel Européen que nous avions rejeté en force et en 2017 il a soutenu ce psychopathe de Macron.

J’ai compris enfin que tout était joué dès 1995 car la trahison datait déjà d’avant. Dès la mort de Gaulle en fait.

Récemment mon père m’a raconté que le voyage du Général de Gaulle en octobre 1967 en Pologne fut sa première mission de jeune fonctionnaire de la diplomatie. Tout juste arrivé au service du protocole, il fut chargé de vérifier les inscriptions en Français dans les livres d’Or, qu’à l’époque les chefs d’Etats n’écrivaient pas eux même, mais ne faisaient que signer.

Le mémorable voyage du Grand Français en Pologne (« Grand Charles » – disaient les Français Libres Brossolette, Passy, Bingen, Serreulles…) fut la première rencontre de mon père avec le Grand Monde.

Je suis donc allée le 17-18 juin à Colombey lestée de tous ces souvenirs et de toutes ces émotions.

Charmante petite ville de Bar sur Aube, contreforts de la Champagne, ou je débarque à la gare avec mon vélo
Bar sur Aube avec de nombreuses boutiques désertes détruites par la dictature covidienne


De Bar sur Aube environ 15 kilomètres de trajet m’attendent dans la campagne champenoise, entre blé et vignes. Il faut me dépêcher pour ne pas souffrir de la canicule.

campagne champenoise
Au bout de plusieurs kilomètres la Croix de Lorraine sur la colline
Les derniers cent mètres dans la chaleur sont durs.

Eglise, place du village et monument aux morts de 1914-1918 à Colombey les deux Eglises

Le kiosque à souvenirs historiques – mais il n’y a plus les assiettes kitsch des années 1970
Le Mémorial Charles de Gaulle est situé sur la colline qui rappelle la « Colline Inspirée » de Sion. C’est très beau, le souffle de l’Esprit y est. Mais je me souviens qu’en 1978 on accédait directement en voiture à la Croix de Lorraine. Les photos du mémorial me le confirmeront.
Exposition sur la bataille de Bir Hakeim. Les Français Libres
Hubert Germain, Français Libre à Bir Hakeim

Une Française Libre, Susan Travers, conductrice du général Koenig

Autant que faire se peut, les expositions, temporaires et principales, valorisent l’engagement des soldats dits « coloniaux », africains, malgaches, tahitiens et calédoniens. L’engagement des femmes est bien plus mis en valeur et cela est très bien ainsi. Je viens de lire l’excellent livre de Sébastien Albertelli, « Elles ont suivi de Gaulle », ou je viens enfin de découvrir le journal de Janine Raynaud, épouse de Claude Bouchinet Serreulles – nous avons rendu hommage à ce couple de Français Libres lors de nos cérémonies citoyennes du 8 mai dernier. Janine Raynaud a été responsable de la réception du courrier militaire du BCRA. Elle s’est préparée pour être parachutée en France pour rejoindre la Résistance, après l’échec de ce projet elle a participé au Débarquement en Normandie dans les équipes responsables de la préparation de l’arrivée du Général de Gaulle à Bayeux.

https://www.lisez.com/livre-grand-format/elles-ont-suivi-de-gaulle/9782262075880

En fait le couple Janine-Claude était formé de trois personnes. Jacques Bingen, responsable des affaires politiques du BCRA, fut aussi l’indispensable composante de ce trio affectif, lié indéfectiblement à la vie et à la mort. Jacques Bingen est mort, assassiné par les nazis le 11 mai 1944, Claude Bouchinet Serreulles malgré son rôle après la guerre comme diplomate au service du Général de Gaulle à l’ONU a sombré dans l’oubli. Quand à Janine Raynaud, impossible pour le moment de trouver la moindre photo d’elle.

Claude Bouchinet Serreulles, officier d’ordonnance et le plus proche collaborateur du général de Gaulle de juillet 1940 à avril 1943
Jacques Bingen responsable des affaires politiques au BCRA, ami de Claude
La DS du Général de Gaulle criblée de balles par les terroristes de l’OAS
Elisabeth de Gaulle, fille du Général, en 1940 en Angleterre
De Gaulle et sa fille Anne

Le Mémorial, musée tout neuf datant de 2008, est plutôt bien fait. La vie du Général et de sa famille est retracée dans des expositions vivantes de photos, de films, d’affiches, d’extraits de lettres et de ses œuvres lues. La marche vers la guerre de 1935 à 1939 est assez bien explicitée, un peu sommairement peut être mais sans la sempiternelle idéologie anti-communiste en vogue qui fait que Staline doit être rendu responsable des crimes d’Hitler par la seule vertu du Pacte du 23 août 1939 – comme malheureusement le fait croire l’exposition permanente révisionniste de l’Imperial War Museum à Londres.

De Gaulle jeune
De Gaulle à Londres
Elisabeth de Miribel secrétaire de de Gaulle fumant une cigarette…
pêcheurs de l’ile de Sein qui ont rejoint les Forces Navales Françaises libres

On peut juste peut être déplorer qu’il n’est pas assez souligné à quel point les accords de Munich ont été une trahison de l’alliée de la France, la Tchécoslovaquie, et l’abandon de la Pologne face aux armées hitlérienne le 1 septembre 1939, une honte et un reniement que la France paiera très cher – ce que les communistes de la Pologne Populaire n’ont cessé de marteler pendant 45 ans et ce que nous pensons toujours aujourd’hui. La trahison de la parole donnée se paie dans les relations internationales. La parole vaut encore plus que l’or, il est temps de sortir de la mentalité capitaliste néolibérale qui veut que tout s’achète et se vend et l’être humain n’est qu’une marchandise vénale. Non, l’Histoire montre que la fidélité aux idéaux, et la fidélité à une alliance, l’honneur de la parole donnée est la base des relations humaines. Nous réapprenons l’Histoire et ses leçons.

Une famille résistante, trois neveux du Général sont engagés dans les Forces Françaises Libres et dans la Résistance. Geneviève, sa nièce, membre du réseau du Musée de l’Homme est déportée à Ravensbrück
La soeur du Général Marie Agnès De Gaulle Calliau est emprisonnée par les nazis
Michel Calliau, neveu de de Gaulle et fils de Marie Agnès est le créateur du Mouvement de Résistance des Prisonniers de Guerre et Déportés. Son mouvement sera accaparé par François Mitterrand qui, avec le soutien de Pierre Bénouville et Henri Frenay, l’amalgamera aux maisons du Prisonnier vichystes que Mitterrand géraient avec le collaborateur Robert Pinot. Ainsi Mitterrand se fabriquera une carrière et un passé de faux résistant.
livre de Michel Calliau dans lequel il raconte les manipulations de Mitterrand. 1987

Je déplore juste l’absence d’explication sur le fonctionnement de la France Libre. Les hommes (et les femmes) du BCRA sont passés sous silence : le colonel Passy, mais aussi Bingen, Bouchinet Serreulles, André Philip, Georges Boris… toute la partie civile du travail du Comité National Français est passé à la trappe. Pourquoi, je ne me l’explique pas, puisque par ailleurs la présentation des autres éléments est sans faute. Ainsi, on ne comprends rien à la Résistance, puisqu’on ne comprend pas comment se construit le lien fragile entre la France de Londres et la France réelle, les voyages clandestins par mer et par les airs, les parachutages, le soutien matériel à la Résistance, les réseaux de renseignements du BCRA, ceux des Anglais du SOE et de l’IS, les réseaux de l’Alliance giraudiste… Il n’y a rien sur cela.

Sur la Résistance les vitrines sont trop sommaires et schématiques. La part belle est faite à la technique (maquis, parachutages, radios, faux papiers), il n’y a rien sur la politique. Aucune organisation de Résistance n’est présentée, ni les Mouvement Unis de la Résistance, pas plus que le Conseil National de la Résistance ou l’Armée Secrète. Alors, on ne comprend pas comment Jean Moulin a pu apparaitre, ni le général Delestraint. On ne comprend pas le lien particulier du Général de Gaulle avec Jean Moulin, cet homme qui lui est paradoxalement présenté par le colonel Groussard, calougard du 2ème Bureau du service de renseignement de l’armée française, en couple avec Suzanne Kohn, la sœur d’Antoinette Kohn, amie de Jean Moulin. Groussard quitte la France en 1940 pour aller en Suisse ou il travaillera pour les services américains, l’OSS de Dulles et créera les liens entre ceux-ci et Pierre de Bénouville, l’homme intime de Henri Frenay, fondateur de Combat. Moulin connait pourtant Groussard car il le cite dans son premier rapport à de Gaulle d’octobre 1941. Groussard quand à lui vient à Londres en juillet 1941 mais de Gaulle refuse de le recevoir et s’il ne rencontre que le colonel Passy de la France Libre, il est assez haut placé pour discuter avec Churchill.

Tout cela n’apparait évidemment pas dans le Musée qui simplifie à l’extrême l’Histoire complexe de la France Libre et de la France captive.

Je peux me réjouir que les seuls Résistants présentés soient des Résistantes : Danielle Casanova, cheffe communiste, Berthie Albrecht, fondatrice de Combat. Mais cette reconnaissance apparait comme hors sol, l’histoire restant tronquée. On peut ne pas trop apprécier Henri Frenay, mais il est dommageable qu’il soit complètement gommé de l’histoire de la Résistance. Berthie Albrecht est assassinée en juillet 1943 et c’est bien Henri Frenay, secondé par son nouvel ami Pierre Bénouville, qui mène Combat vers la Libération, blanchit l’activité vichyste de Mitterrand en lui offrant un poste dans son ministère des Prisonniers et des Déportés dans le Gouvernement Provisoire à Alger et instaure ainsi un état de fait qui nous mène directement aux élites corrompues qui nous gouvernent aujourd’hui.

Danielle Casanova

Henri Frenay a joué aussi un rôle énorme de 1943 à 1958 en tant qu’homme des Américains (de la CIA pour être précise) en militant pour une souveraineté européenne à l’Union Européenne des Fédéralistes et l’Union Française des Fédéralistes. Sans l’engagement de Henri Frenay, nous n’aurions pas cette « Europe »’= supranationale qui nous a dépossédé de tout pouvoir, y compris du pouvoir sur nos vies et nos corps. Je suis assez médusée de l’apprendre par le livre de Robert Belot «  Henri Frenay de la Résistance à l’Europe ».

https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2004-1-page-231.htm

Henri Frenay

On ne peut pas comprendre comment nous en sommes arrivés à un tel degré de dépossession de nous même si la façon dont la Résistance a été éliminée comme force politique est passée sous silence.

Alors l’émouvante évocation filmée de la Libération de Paris et de Strasbourg apparait comme une mise en scène consolatrice, malgré la qualité des images qui retracent aussi la difficile vie matérielle, les énormes destructions et souffrances, la justice et l’épuration non accomplies et les vengeances injustes comme celles des « femmes tondues ».

Heureusement, l’exposition ne gomme pas l’apport du Parti Communiste dans la reconstruction du pays ni la création de la Sécurité Sociale. Et voilà que sont abordées de façon très fortes les années 60, années de création et d’expansion.

Signature du traité de coopération et d’amitié franco-soviétique en décembre 1944.

La guerre d’Algérie est assez bien expliquée avec la montée des mouvements indépendantistes et la résistance des colons européens à la décolonisation, arc boutés sur leurs privilèges racistes. De rares photos de la population algérienne accompagnent le propos et on voit donc que l’indépendance de l’Algérie a cessé d’être un tabou dans la société française. La page coloniale est bien tournée et c’est bien de Gaulle qui a voulu que la France soit débarrassée du fardeau des erreurs passées. Cela dit, le 13 mai 1958 n’est pas traité en détail : ainsi le visiteur ne comprend pas la dimension « putsch de l’armée » qui amène de Gaulle au pouvoir et à la création d’une nouvelle Constitution. Fait notable, le Préambule de la Constitution de 1946, qui fait toujours partie de la Constitution de la 5ème République et qui est le seul texte à fixer nos droits, est passé sous silence !

Consommation des années 60
Culture des années 60
André Malraux

Je suis assez contente de voir que l’œuvre constructrice gaullienne, si méconnue, soit bien abordée : l’aménagement du territoire, la construction de logements, des infrastructures (routes, autoroutes, aéroports, écoles, hôpitaux…) l’industrialisation par la planification, la recherche scientifique, la culture enfin -portrait de Malraux et des Maison des la Culture, la sauvegarde du patrimoine. Tellement les Français ne savent rien de tout cela et pensent que leurs acquis se sont construits tous seuls.

Mais je déplore que l’aspect « construction européenne » (le plan Fouchet, la résistance au supranationalisme) soit trop succint après une longue présentation du voyage de Adenauer ici à Colombey et la signature du traité de l’Elysée. Je suis aussi surprise et mécontente que l’aspect médiatique des voyages du Général prenne le pas sur une explication de sa lutte pour la souveraineté de la France : la sortie de la France du commandement intégré de l’OTAN est ainsi expédié en 2 petites lignes, alors que la conférence de presse de 1966 qui l’annonça fut à l’époque un scandale planétaire !

Puis, la fin. La guerre l’Algérie et l’autodermination du pays comme réussite, mai 68 comme échec. Les slogans sur les murs, la presse, les revendications des jeunes, les fameuses journées des barricades. Je connais bien l’iconographie des journées de Mai 68 mais je suis surprise de voir que la contre manifestation gaulliste rassemble quand même 100 000 personnes et également de nombreux jeunes, pas toujours bourgeois !

Ainsi, avec l’explication du référendum perdu si capital d’avril 1969, Mai 68 apparait comme une vilaine Révolution de Couleur, la première d’une longue série d’ingérences d’une caste mondialisée capitaliste et de ses relais occultes dans la vie de nombreux pays. La deuxième en fut Solidarnosc qui détruisit la Pologne Populaire.

J’ai fini la visite et dans l’émotion je sors dans la chaleur pour la montée de la colline de la Croix de Lorraine.

L’ouverture des festivités pour le 50ème anniversaire de la Croix de Lorraine a lieu dans le hall et le bar du Mémorial, avec champagne et petit fours, en présence de notabilités locales et des habitants de la région. L’ambiance est détendue et sympathique. Malheureusement je ne peux pas rester pour la partie culturelle : n’en déplaise aux mannes du cher Malraux, les Français pauvres ont du mal à accéder aujourd’hui à la culture…En effet, je n’ai pas de voiture et je dois pédaler 15 kilomètres dans la campagne pour rejoindre ma chambre d’hôte bon marché dans le hameau de Daillancourt sur la rivière Blaise. Le trajet est beau mais très fatiguant.

Le village de Blaise est construit en belles fermes de pierre, malheureusement nombreuses sont les maisons vides et abandonnées. Il en est de même à Daillancourt ou à Lamothe, très beau village niché dans les vallons boisés à 5 kilomètres que je traverse le lendemain dans mon trajet de retour à Colombey.

Village de Blaise
Maisons vides à Blaise
Paysage de Blaise à Lamothe en Blaisy
Lamothe en Blaisy, 5 km de Colombey

Je suis pressée car à 11h30 a lieu la cérémonie de commémoration de l’Appel du 18 juin. . A 10h j’effectue une rude montée de la colline de Colombey dans les champs de blé du plateau ensoleillé.

Colombey les deux Eglises

Au Mémorial attend déjà une foule : touristes, habitants de la région, officiels. Il y a de nombreux jeunes. Les adolescentes d’une chorale joignent leurs sublimes voix dans une répétition de la Marseillaise. Nous montons tous l’escalier pour le sommet de la colline et nous rassemblons sur le parvis de la Croix de Lorraine. Le public est prié de rester sur les pelouses attenantes et sous les grands arbres. Devant la Croix un militaire gradé règle la cérémonie devant un détachement de soldats. Une vingtaine d’anciens combattants portent des drapeaux sous la Croix, tandis que les jeunes du Conseil Général de Jeunes sont alignés devant eux. Il y a aussi des jeunes dans le public autour de moi : j’échange avec eux après la cérémonie, ils sont stagiaires la fondation Charles de Gaulle à Paris.

Parvis de la Croix de Lorraine
Les Anciens Combattants se préparent
Les officiels
La Préfète de Haute Marne dépose sa gerbe

Sous ce soleil resplendissant je vis une cérémonie un peu irréelle : les drapeaux portés par les anciens rappellent la gravité de la mort, les disparitions, la violence de la guerre, des guerres. Les jeunes sont le sens de la vie, l’avenir, la force et la beauté. Ce genre de cérémonie, avec garde à vous des jeunes militaires, dont une femme, lecture de l’Appel du 18 juin par deux jeunes, hommage des officiels, et dépôts de 4 gerbes sont en réalité un exorcisme rituel de la douleur. Pour moi la cérémonie rappelle tous ceux qui ne sont pas revenus des geôles nazis et sont morts pour qu ‘effectivement nous soyons en vie.

C’est chaque fois, depuis mon enfance, une tristesse intense qui me saisit depuis les 1 septembre polonais, ou chaque année, au son terrible d’une sirène stridente, le rassemblement des élèves dans les cours d’écoles nous enseignait la violence de la guerre. Je me sens d’autant plus concernée que nous avons subi si récemment avec la dictature covidienne et nous allons subir encore, des violences, qui mettront notre capacité de lutte pour nos droits et notre capacité de résistance, le mot est bien celui-ci, à rude épreuve.

Les jeunes et les Anciens
Les militaires

Oui, ce genre de cérémonie nous rappelle la force de nos anciens et nous exhorte à être prêts à les suivre, dans la mesure de nos moyens. Contrairement à la veille, ou le M. le Mairie s’est risqué à évoquer l’actualité (« l ‘Europe est à nouveau en guerre…. ») aucun discours politique n’accompagne la lecture de l’Appel du Général de Gaulle. J’en suis un peu déçue, tellement j’aurais aimé sentir un lien de transmission entre l’Histoire et le Présent. J’en ai besoin pour exorciser les morts de mes proches que je n’ai pas pu empêcher, d’Alicja, de Gilles, de nombreux militants tombés dans la lutte cette année, mais aussi me sentir reliée à mes prédécesseurs dans la lutte, si d’aventure je devais moi aussi achever involontairement mon parcours.

Les officiels, représentants du Conseil Général et Régional, maires, la préfète de Haute Marne, saluent la Croix et le drapeau, déposent une à une les 4 gerbes de fleurs que les aident à porter les jeunes, et serrent les mains des anciens combattants. Ils sont membres de la caste qui nous opprime, certes, surtout les préfets qui ont été les suppôts les plus fidèles de la dictature covidienne macroniste avec les masques, les interdictions de vivre, la flicaille terrorisante. Mais qui sait, ces régions de l’Est ont été à la pointe de la révolte contre le pass sanitaire. Peut être que régionalement des brèches se sont ouvertes que l’envoi massif de notre circulaire et de nos textes a pu élargir. Peut être que la pression du peuple a infléchit quelque peu leur morgue de notables.

Une Marseillaise de toute beauté chantée par notre chorale de jeune, hélas un peu courte, clôture la cérémonie.

Alors que je savoure une glace à la buvette mobile « la frite du Nord » installée sur le parvis du Mémorial, je sympathise avec un couple qui m’explique que c’est Yvonne de Gaulle qui a toujours voulu qu’aucun discours ne soit prononcé à l’occasion du 18 juin. Ce couple de jeunes retraités me parle de leur fils agriculteur bio de la région, ils évoquent aussi, avec prudence, les interdictions covidiennes très mal vécues dans la région – c’est la première fête populaire du 18 juin depuis 2 an et elle a bien manquée aux habitants de cette région ! Ils ne cachent pas d’être anti macronistes de droite et me demandent même ce que je pense de la guerre en Ukraine. Je ne me gène pas pour leur expliquer mon hostilité au nazisme bandériste soutenu par le système militaire américain qui nous entraine tous dans l’abîme d’une nouvelle guerre, au mépris de l’oeuvre d’indépendance du Général de Gaulle.

Nous continuons aussi à discuter de l’Union Européenne et ils sont d’accord avec le constat que cette institution supranationale est le clou au cercueil de notre dépossession de nous même, de notre liberté d’agir et même de notre intégrité physique. Aucun de nous n’a en effet donné mandat à l’Union Européenne pour donner nos corps, nos droits, notre intégrité à une structure opaque et illégale comme l’OMS à la faveur de négociations secrètes pour un « traité pandémique »…. Chacun de nous devrait se rappeler de l’héritage de de Gaulle pour s’opposer de toutes ses forces à cette trahison.

Je retrouve à côté de l’Eglise mon ami G. arrivé de Paris en voiture et nous nous dirigeons ensemble vers la Boisserie, à l’autre bout du village, pour la visite.

La Boisserie est situé à 500 mètres de la place du village, sur la route de Clairvaux, sur la colline qui fait face à celle qui porte la Croix de Lorraine, dans un bosquet de hauts arbres. La billetterie gérée par l’Office de Tourisme se trouve dans une maisonnette qui fait face à la grille. Je n’ai pas de souvenirs de l’entrée de la Boisserie en 1978, j’ai toujours eu l’impression que la voiture était reine et que partout nous étions garés à proximité des monuments visités. Aujourd’hui la guide nous emmène par un portail à travers les massifs du parc vers l’entrée d’un petit manoir couvert de vigne vierge.

Entrée principale de la Boisserie

Nous sommes un groupe de 20 à nous masser dans la salle à manger à la table bourgeoise, la cheminée de pierre surmontée d’une mosaique de Delft et d’une tapisserie à la Licorne. Le vestibule s’ouvre vers un escalier de bois aux murs tapissés de bois – les boisseries justement. La visite s’arrête au seuil de l’escalier car le propriétaire Philippe de Gaulle n’ouvre à la visite que les trois pièces du rez-de-chaussée, le reste est toujours une demeure privée ! J’ai l’impression qu’en 1978 on visitait plus de pièces, c’est tout à fait possible, il n’existait pas à l’époque d’autre Musée de Charles de Gaulle et j’étais longtemps convaincue que sa maison était devenu propriété de l’Etat, ce qui est faux.

Je ressens beaucoup d’émotions car cette fois je marche exactement dans les pas de mon enfance. Je retrouve surtout les nombreuses œuvres d’art cadeaux faites au Général des pays du monde entier : les très beaux masques et totems africains et océaniens, deux grandes défenses d’éléphant, la mosaïque afghane avec le coq, les amphores grecques, les terres cuites mexicaines… C’est une invitation au voyage et une sobriété de style dans un écrin bourgeois. Notre guide est un journaliste à la retraite qui fut un proche de Jacques Chirac, il nous conte les lieux qu’il aime avec émotion.

Parce que la maison est un lieu privée, il y est donc interdit de photographier les intérieurs. J’impreigne donc ma mémoire des images, comme en 1978 lorsque la photos d’intérieur exigeait un flash que mon père ne possédait pas sur son appareil soviétique, pourtant de grande qualité.

La deuxième pièce est un salon bourgeois avec fauteuils, guéridon, bergère, de couleur marron un peu triste. Aux murs des portraits du 18 et 19 siècles, apparemment ceux des membres de la famille Vendroux. Un panneau indique que la pièce fut très peu utilisée car les de Gaulle recevaient peu après 1946, les visiteurs politiques et littéraires du Général étaient directement reçus à la bibliothèque tandis que la vie de famille se déroulait ailleurs – dans les pièces ou elle se déroule aujourd’hui loin de nos regards indiscrets.

Vue de la campagne par la fenêtre du bureau du Général de Gaulle

Enfin la fameuse bibliothèque avec le bureau du Général dans la tour construite dans les années 50 avec une large baie vitrée donnant sur les forêts des contreforts du plateau de Langres. Cette fois ci je me sens revenir en arrière dans ma vie, les couleurs, les odeurs et les bruits remontent dans ma mémoire. Le guide raconte l’histoire des photos dédicacés des personnalités, hommes politiques, têtes couronnées, qui aujourd’hui passionnent les foules comme ce dut être également hier.

Mais moi j’ai pris possession des lieux en examinant les livres : une très belle statue de Danton orne la première bibliothèque à ma gauche. A droite je suis surprise d’y voir les livres que nous, dans notre équipe militante, lisons actuellement… les mémoires des Français Libres, (une bonne collection des colonel Rémy), des Résistants, des politiques, les mémoires des militaires français de l’armée de l’armistice, des services secrets, la littérature, les livres d’histoire et de sociologie des années 1945-1969… Les encyclopédies, ouvrages sur l’art (je remarque des albums d’art sur la Yougoslavie, la Russie, la Tunisie), l’analyse littéraire. Une bibliothèque de l’honnête homme moderne, en somme. Je ne suis pas dépaysée, j’ai même l’impression d’une belle bibliothèque de mon père, ou d’un de mes professeurs. La mienne est naturellement différente, mais complémentaire.

La tour moderne des années 50 dans laquelle se trouve la bibliothèque et le bureau
L’espace jeux pour enfants dans la jardin (et interdit aux visiteurs car toujours utilisé!)

Je resterai volontiers des heures à admirer l’ambiance de sérénité, à sentir le souffle créateur de l’homme politique qui, adossé au savoir des livres, lance l’action par le verbe en regardant la mer des blés par la fenêtre de son bureau…

Mais nous devons quitter la maison. Dans le verger, dont une importante partie est réservée à la famille, nous pouvons faire des photos. Curieusement notre guide dresse alors le portrait d’une « tante Yvonne » pas si conservatrice que les médias ne le disaient. Il évoque le fait qu’elle a accepté d’emblée la légalisation de la contraception, le projet de Loi de 1967 et la grande bataille de Lucien Neuwirth, annonciatrice de grandes avancées dans la liberté individuelle. La mise à l’honneur de Lucien Neuwirth et du rôle du gaullisme dans l’émancipation si tardive des femmes françaises est assurément un élément politique nouveau.

Comment dire NON?

Nous quittons la Boisserie pour arriver à temps à la table ronde des historien/nes Frédérique Neau Dufour et de Frédéric Fogacci.

Les deux jeunes historiens analysent la dialectique du refus dans l’oeuvre du Général de Gaulle – « Refuser le l’effondrement, le 18 juin 1940 du général et de Madame de Gaulle ». Leur réflexion m’inspire beaucoup car les deux analysent les cheminement internes d’un « Non » qui engage un homme, une femme et leurs enfants à rompre avec leur place dans la société, à mettre en jeu leur statut social et leur destin au noms de valeurs supérieures : le patriotisme bien sûr, mais aussi la conviction d’être dans le juste contre ceux qui sont plus forts momentanément, mais qui sont moralement et politiquement en tord.

Frédéric Fogacci analyse la réflexion militaire et politique d’avant guerre du Général et démontre en quoi son « Non » est un aboutissement de cette réflexion, une mise en action d’une pensée longuement murie. Il ne s’agit pas seulement de stratégie militaire, mais aussi de valeurs morales qui fondent la politique, la vie en commun : ici revient en force le respect de la parole donnée comme fondement de la société . Le lâche abandon des alliés de la France, la Tchécoslovaquie, de la Pologne et de l’Angleterre pour finir, sont un exemple de la décadence d’homme politiques du régime de la III République qui se renient eux même et se complaisent dans la lâcheté. L’historien explicite aussi sa méthode qui consiste à croiser tous les témoignages de tous les témoins ayant vécu ces moments de choix cruciaux pour examiner leurs ressorts moraux et psychologiques – c’est exactement ce que je fais dans mon travail d’analyse…

https://centrehistoire19esiecle.pantheonsorbonne.fr/fogacci-frederic

https://www.pur-editions.fr/product/ean/9782753549227/transgresser-en-politique

Frédérique Neau Dufour a travaillé sur les lettres personnelles du Général de Gaulle à Yvonne de Gaulle et à ses enfants. Elle est visiblement émue en présentant le portrait psychologique de ceux « qui disent non » dans un moment dramatique, avec la capacité de prendre rapidement des décisions cruciales qui engagent leur vie entière. Les deux historiens rappellent aussi que de Gaulle, fort de son savoir historique et politique avait compris que la guerre « éclair », le « Blitzkrieg » qui vous écrase instantanément n’est qu’un MOMENT de la guerre moderne et qu’il faut donc savoir « tenir » pour se ressaisir et reconquérir son territoire et sa liberté.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9rique_Neau-Dufour

Voila une vaste réflexion qui nous concerne tous ! J’ai trouvé toujours particulièrement fascinant comment un pays aussi vieux que la France, aussi centralisé, bureaucratique, avec parfois des tendances autoritaires a pu être fondé sur un refus, une désobéissance, un « NON ». Et pourtant ce paradoxe est vrai : la Révolution, la Commune furent des refus de la royauté, de la tradition et de l’obéissance séculaire, le bonapartisme une alliance avec un homme pour la conquête de l’Europe au noms d’idéaux républicains égalitaires… Le « non » gaullien est une « refondation » d’une nation française, elle part d’un « non » pour aboutir à la recréation d’un Etat aussi fort et centralisé qui se veut cependant un Etat constructeur et protecteur.

La dialectique entre l’obéissance à la fatalité de la destruction et le refus, le « non » pour reconstruire, nous interpelle autant aujourd’hui qu’en 1940. En 2020 et 2021 nous avons tous assisté médusés à l’obéissance absolue de nos compatriotes, des Français, prêts à soumettre leurs vies jusque dans leur plus grande intimité à un régime leur donnant des ordres aux noms d’intérêts étrangers (OMS, Davos, autres sectes multinationales mondialistes…).

La soumission totale et aveugle de nos concitoyens nous a prouvé à quel point nos lois, nos Constitutions, nos droits, y compris les droits les plus basiques comme le droit à l’intégrité physique, le droit de respirer, le droit d’aller et venir , la liberté personnelle, étaient fragiles car presque 90% des adultes de ce pays étaient en passe de les abdiquer totalement sous la pression conjugués des médias, des flics et de la peur des amendes. L’effondrement moral et politique fut aussi total qu’en 1940, pire même, car aucune armée allemande n’avait envahi le pays et ne pouvait servir de justification à la démission de toutes les élites politiques, intellectuelles et spirituelles.

Les Français étaient prêts à se transformer en bétail enfermés à domicile et pucés pour être contrôlés. Il était moins cinq quand le mouvement a été arrêté, mais ce sont plus des pays traditionalistes comme les pays africains, la Russie, les pays de l’Est, qui ont été à l’avant garde du refus et pas les Français si prétendument épris de liberté. L’acceptation de la notion de « pureté sanitaire » et de la discrimination des « impurs » a même eu les faveur de plus de 50% de la société, malgré les puissantes protestations de juillet 2021 à février 2022.

Mais ou serions nous si la Russie n’avait mis fin à cette guerre éclair, à ce « Blizkrieg » par son offensive du 24 février dernier ? Probablement nous serions privés de travail, de revenu et du droit de vivre et soumis à des injections forcées de produits de laboratoire par le chantage et la menace policière et administrative.

Comment, après une telle abdication morale et politique, refonder la France ?

La question gaullienne de l’indépendance, de la souveraineté et du courage de refuser l’abdication reste d’actualité. Le point à retenir est que nous avons « tenu » le « Blitz », nos ennemis ont émoussé leur dents carnassiers sur notre refus opiniatre. Maintenant il s’agit de reconquérir notre pouvoir sur nous même et ce ne sera pas une mince affaire.

Je repense aussi à tous ceux qui comme moi ont engagé leur vie dans le refus du système capitaliste occidental, les communistes, les souverainistes, les féministes des pays de l’Est et d’Afrique. Nous avons tous dit « Non » à un moment crucial au nom de nos valeurs et de nos traditions, au nom de notre liberté, de celle de notre culture, au nom de la liberté de notre pays. Nous en payons tous les jours les conséquences. J’ai pensé à mon arrivée, il y a 30 ans exactement ici en France, suite à mon NON au violent régime capitaliste imposé par les Anglo saxons à la Pologne. A l’époque, à 21 ans, je ne savais même pas ce que j’engage et ce que je perds , tellement mon refus était viscéral, guidé autant par ma volonté de liberté personnelle que par mon patriotisme de Pologne Populaire.

Mais il faut dire que face aux guerres qui secouaient alors l ‘Europe (Croatie, Bosnie, Kosovo, Caucause, Moldavie, Transdnistrie, chaos en Ukraine et en Russie, chaos social et politique en Pologne…) j’étais convaincue que le régime capitaliste ne tiendrait pas quelques années, qu’il s’abîmerait très vite dans une guerre généralisée. Il s’agissait déjà de « tenir le Blitz ». Mais le régime a tenu lui aussi 30 ans, la guerre n’est venue qu’aujourd’hui et moi j’ai maintenant 50 ans.

A présent il s’agit de reconquérir la souveraineté. D’ailleurs c’est curieux, mais le patriotisme n’est en définitive qu’un refus viscéral de se soumettre à la férule d’un ennemi qui arrive de nulle part pour vous imposer sa loi étrange. Alors, on se raccroche aux petits riens qui fondent une culture, une vie ensemble, un mode d’exister sur un territoire. Ce fut ce que j’ai ressenti en octobre 2021 quand les chevaliers de l’apocalypse covidienne déferlaient sur l’Europe jour après jour pour détruire nos libertés et notre mode de vie. Cette funeste année 2021 qui me rappelait tant la violence de la destruction de 1991 en Pologne.

Lorsque les ombres s’allongent et que le soleil descend doucement, je suis surprise de comprendre que la tombe du général de Gaulle se trouve dans le petit cimetière de l’Eglise de Colombey. Dans ma mémoire de petite fille, le tombeau de de Gaulle devait être grandiose, celui d’un père ou d’un chef. Mais non. C’est bien le tombeau d’un père reposant à côté de sa fille Anne, dont alors mes parents m’avaient caché l’histoire et le handicap pour ne pas me traumatiser.

Plaques commémoratives et votives dédiés au Général au cimetière de Colombey

C’est un tombeau simple d’un homme qui est retourné à la terre après avoir accompli son œuvre. Sa famille, son épouse, sa fille et même sa belle fille déjà à ses côtés. Un simple drapeau à Croix de Lorraine distingue seulement la tombe du Général des autres citoyens passés de l’autre coté de la frontière. Le croix blanche surplombe d’ailleurs le mur du cimetière, la route du village et regarde vers la vaste plaine en direction de la forêt de Clairvaux, le cœur de l’Europe occidentale chrétienne. Le souffle de l’esprit me surprend sur ce lieu d’une douce beauté.

L’oeuvre politique, elle, se poursuit sur la colline, dans la salle de conférence, au musée, sous la Croix de Lorraine symbole de lutte collective pour la France.

A 20 heures le village se rassemble, endimanché devant la Mairie. Nous sommes quelques centaines à monter ensemble vers la Croix de Lorraine.

Là, la nuit tombée, nous écoutons encore une fois l’Appel du 18 juin et le Chant des Partisans. Une Marseillaise un peu timide et un discours du maire clôturent la cérémonie. La fête se poursuit avec un feu d’artifice tonitruant sur le versant de la colline. La nuit est douce et belle, les étoiles nous enchantent, dans notre retraite campagnarde de Daillancourt où nous les voyons parfaitement, alors que la pollution lumineuse de l’Ile de France nous les cache en permanence.

L’Aube à Clairvaux
Abbaye et centrale de Clairvaux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Clairvaux

https://www.abbayedeclairvaux.com/

https://www.ouest-france.fr/societe/prison/la-prison-de-clairvaux-va-t-elle-etre-detruite-b9c009bc-1ae4-11ec-ad4d-4f7698541bae

Le lendemain nous nous baignons dans l’exquise et fraîche eau de l’Aube et visitons l’impressionnante abbaye de Clairvaux, haut lieu du mouvement cistercien fameux pour toute l’Europe, et aussi prison républicaine jusqu’à aujourd’hui.

Ce sera encore un été de luttes.

Monika Karbowska, le 21 juin 2022

Un Appel citoyen du 18 Juin, 18 juin 2020

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